Le récit

Cap-Vert – La traversée de Santo Antão

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Il est 16 heures et je me trouve dans l’archipel du Cap-Vert. Je viens d’arriver au village de Vila das Pombas. Celui-ci est situé en bord de mer, tout à l’Est de l’île de Santo Antão. Je passe la fin de journée dans un petit hôtel entouré de verdure pour me reposer du trajet. J’ai décollé de France tôt ce matin, puis après une escale au Portugal, j’ai atterri sur l’île voisine de São Vicente. Ensuite, une traversée en ferry et un trajet en mini-bus m’ont ensuite emmené jusqu’ici.


Jour 1 : Janela – Eito (Vila das Pombas)
7h10 | 20,20km | +1 645/-1 555m

Après le petit-déjeuner servi à l’hôtel, je prends un mini-bus qui m’emmène à quelques kilomètres de là, au village de Janela, point de départ de ma traversée. J’ai une dizaine de jours devant moi pour la réaliser et j’ai tracé un itinéraire non pas en ligne droite, mais tout en zig-zag, avec de sacrés dénivelés. J’ai notamment prévu de passer plusieurs jours dans les vallées verdoyantes de l’Est.

La marche débute à l’entrée de la Riberia da Penede (riberia = vallée) en bord de mer et je m’apprête à rejoindre le village de Pico da Cruz situé à 1 500 mètres d’altitude. Ça va grimper !

La vallée est assez étroite, verdoyante et surtout très impressionnante. Le paysage est spectaculaire dès le départ. Une fois le faux plat du début passé, le sentier se met à monter plus sévèrement, la vallée se terminant par un cirque. Il est presque entièrement pavé ou formé d’escaliers en pierres, accroché à la paroi de la montagne, avec le vide à côté de soi. Il fait grand beau et le soleil commence à bien chauffer. Je monte doucement et prends mon temps. Je ne croise que quelques locaux qui habitent la vallée ou qui travaillent dans les plantations. Il y a plein de cultures en terrasses, de bananiers, cannes à sucre…

La Riberia da Penede

J’atteins la ligne de crête au col Selada Silvão, vers 820 mètres d’altitude, un peu avant 11 heures. Les nuages sont montés en même temps que moi. L’Est de l’île est souvent couvert par des nuages passagers qui apportent fraicheur et humidité aux plantations. Le plus raide est fait, mais le sentier continue de monter sur la belle ligne de crête, balayée par la brume et un petit vent qui laisse découvrir par intermittence un paysage mystique.

A l’approche du sommet de l’Est de l’île, le soleil revient et je rentre dans une forêt de pins. L’ombre qu’ils apportent est fortement appréciée. Il faut dire qu’il y a encore 2 jours, j’étais chez moi dans le massif du Vercors et la température n’était pas du tout la même. Il est 14 heures quand j’arrive au village de Pico da Cruz. Il y a une pension familiale où je pourrais passer la nuit. Même si je ne souhaite pas forcer pour un premier jour, il est encore un peu tôt pour m’arrêter.

J’entame la descente. En revanche, je fais abstraction du sommet Gudo Banderola et de ses 1 585 mètres d’altitude pour ne pas me rajouter de dénivelé. Il est le point culminant de l’Est de Santo Antão, mais de ce que j’avais vu, il est dans la forêt et n’offre pas de vue (Quelle erreur ! Surplombé d’un mirador, il offre un sublime panorama. Heureusement, à la fin de ma traversée, il me restera une journée et j’en profiterai pour revenir ici).

Le sentier suit la crête

La descente est encore plus spectaculaire que la montée. Elle est, je déteste cette expression utilisée à tout va dès qu’il y a un beau panorama, à couper le souffle ! Les pentes sont tellement raides dans cette partie de l’île, qu’il est très difficile de bivouaquer. J’avais repéré un endroit potentiel au hameau de Santa Isabel, mais quand j’y arrive, les quelques replats sont évidemment occupés par les maisons ou utilisés par les locaux. Je décide de poursuivre et je termine la descente dans un fond de canyon qui me conduit au village de Eito, situé dans la vallée de Figueiral de Paùl. Je ne suis qu’à un gros kilomètre de mon hôtel à Vila das Pombas.

Je passe devant un guest house qui semble vide et d’un standing pour accueillir des groupes. Le gérant m’indique que le tarif de la chambre est de 5 000 escudos (soit 50 €), mais qu’il me la propose à 4 500. Il y a une terrasse avec une piscine. Je décline est lui dit que c’est trop, que je cherche plutôt une pension familiale. Il me répond : Combien est ton maximum ? Je lui fais comprendre que je ne peux pas plus de 4 000. Ok, je te fais à 3 500 escudos. Je n’ai pas tout compris la négociation, mais ok. J’ai besoin de me reposer. En plus, il y a un restaurant et une épicerie juste à côté, je n’aurai pas loin à aller.

Je n’ai pas voulu forcer aujourd’hui et j’ai marché doucement, mais je me rends compte que j’ai quand même +1 645 et -1 555 mètres de dénivelé au compteur.


Jour 2 : Eito (Vila das Pombas) – Cova de Paúl
5h30 | 14,50km | +1 580/-505m

Après un petit-déjeuner copieux, je me lance dans la grande vallée de Paùl, Riberia de Paùl ou Figueiral de Paùl, là où poussent les figues. Elle est la plus réputée de Santo Antão, pour ses paysages spectaculaires et ses cultures en terrasses. Les Cap‑verdiens y cultivent la canne à sucre, le maïs, les haricots, les patates douces, le manioc, ainsi que des arbres fruitiers (banane, mangue, papaye, goyave, figue…). Dès le petit matin, ils sont déjà au travail à couper les cannes à sucre.

La montée est moins raide qu’hier et je passe par de nombreuses terrasses, la vallée est plus vivante et plus habitée. L’eau coule un peu partout pour irriguer les plantations. Captée haut dans les montagnes, elle est acheminée par des canaux d’irrigation appelés levadas. Les chemins et sentiers sont, comme hier, pavés de pierres, facilitant la marche.

Des cultures en terrasses

J’effectue une halte à Cabeça de Figueiral pour déguster un jus de goyave. Ce hameau insolite de quelques maisons, est accroché sur une toute petite ligne de crête et offre une belle vue sur le cirque du fond de la vallée.

Aujourd’hui je croise un peu de monde, mais pas de randonneur itinérant, seulement des personnes qui marchent à la journée. Ils se font généralement déposer au haut de la vallée au matin et effectuent la descente, ou inversement.

En début d’après-midi, j’atteins le pied du cirque, il me faut maintenant attaquer la grosse montée qui rejoint le cratère de Cova. Vue d’en bas, elle est une nouvelle fois impressionnante, mais finalement, elle se fait bien. Les nuages s’étant emparés du ciel depuis un moment, je monte au frais.

Arrivé au col, formé par le bord du cratère, le vent souffle fort, poussant les nuages dans la forêt de pins qui borde la crête. Ceux-ci absorbent l’humidité de la brume et des petites goutent tombent des arbres. Le sol est humide, c’est comme s’il pleuvait. Ce phénomène se produit sur quelques mètres seulement, dès que je m’éloigne et me dirige vers le cratère, je sens une remontée d’air chaud et sur ce versant, le ciel est tout bleu.

Le cratère de Cova de Paùl

Je comptais bivouaquer dans le cratère de Cova de Paùl. Pour cela, il faut que je trouve un coin adapté, mais surtout de l’eau. L’eau est rare sur l’île. Si elle coule bien dans l’Est, dans les vallées verdoyantes, il s’agit d’eau d’irrigation qui souvent stagne en amont dans de grandes piscines, elle n’est pas potable. Ailleurs, il est très difficile d’en trouver, toutes les sources sont captées pour les besoins des habitants et les cultures. Il faut généralement acheter des bouteilles d’eau lors des passages dans les villages. Par chance, je trouve un point de captation d’eau et le robinet fonctionne ! Je peux faire le plein pour ma soirée. Le fond du cratère, un cercle de 700 mètres de diamètre, est complétement plat. Mais celui-ci est utilisé pour la culture, impossible d’installer une tente. Je me rends dans la forêt de pins qui borde le fond et trouve d’anciennes terrasses, un petit coin idéal, à l’ombre, caché dans les bois et le terrain est plat.


Jour 3 : Cova de Paúl – Figuerial de Cima
8h35 | 23,30km | +1 555/-2 275m

Je me réveille à 6 heures, cela fait 9 heures en France, ça va. Surtout que je me couche tôt, à 19 heures le soleil se couche, à 20 heures, je dors. Lorsque je termine de boucler mon sac à dos vers 7 heures, des ouvriers agricoles arrivent par derrière mon bivouac. Ils coupent à travers les bois pour descendre dans le cratère et aller y travailler. Je repère leur passage et l’emprunte, cela me permet de regagner le col du cratère d’hier qui était dans les nuages, pour espérer une meilleure vue ce matin. Pas de chance, le temps d’arriver, les nuages ont refait surface côté vallée.

Je redescends dans le Cova de Paúl pour en sortir de l’autre côté, au niveau de la route, pavée elle aussi. Sur celle-ci se trouve un belvédère qui offre un beau point de vue sur le cratère. Je poursuis sur un sentier et tombe sur un spot qui offre une vue encore plus époustouflante que le belvédère, waouh !

La vallée de Riberia da Torre

Me voilà devant ma quatrième côte du cirque. Au premier jour, j’ai effectué une montée, une descente de 1 400 mètres chacune, hier une montée au cratère de 650 mètres et celle-ci va plonger dans la Riberia da Torre, jusqu’à Xôxô 1 150 mètres plus bas. La descente est des plus spectaculaires, peut-être encore plus impressionnante que celle du premier jour, elle est époustouflante. Je mitraille de photos, j’en suis déjà à plusieurs centaines depuis mon départ. Le ciel est dégagé, je suis seul sur le sentier, je ne pouvais pas espérer mieux. Je ne croise que quelques randonneurs qui se baladent à la journée, une fois arrivé en bas.

Je m’arrête à la Casa Xôxô, un établissement connu de ce fond de vallée, pour y manger. Pas de chance, ils ne font pas de service, uniquement la nuitée avec repas, je ne prends qu’un rafraichissement. Je repars pour une montée de 1 000 mètres. Il n’y a pas eu le moindre centimètre de plat entre la descente et la montée, elles s’enchainent l’une après l’autre. Elle commence doucement dans un petit vallon verdoyant. Je passe devant une petite oasis, une buvette qui invite à se poser. Je demande s’il est possible de manger, il me dit que oui et m’installe. Il me prépare une petite salade de fruits et un rafraîchissement. C’est délicieux, mais j’ai faim, je m’arrêterai un peu plus loin sous un bananier pour manger mon pique-nique.

Sorti de ce beau petit écrin de verdure, le sentier passe au soleil et il cogne. Je suis chargé de 2 litres d’eau et mon sac à dos fait pour l’instant encore son petit poids. J’ai débuté la randonnée avec 4,5 kilogrammes de nourriture, soit : 4 petits-déjeuners, 5 encas pour le midi (qui feront finalement 10 jours avec un complément acheté dans un village plus tard) et 6 repas pour le soir. La montée se fait doucement. Puis, au détour d’un hameau, j’aperçois la suite du sentier. Un escalier sans fin d’une raideur impressionnante, plein cagnard, le plus dur est devant moi. C’est la montée la plus costaud de ces derniers jours, je la sens passer. Lorsque j’arrive sur la ligne de crête, ça continue de grimper…

Un escalier bien raide

La suite est tout de même un peu plus calme et j’enchaine avec un chemin de campagne plus reposant. Je passe par le village de Corda afin de faire le plein d’eau. Plus loin, j’avais repéré un coin de bivouac potentiel sur les images satellites. Tout est très pentu par ici, rendant très difficile les possibilités de dormir sous tente. Je trouve tout de même le petit plat repéré, mais en plus d’être au bord du vide, la végétation épineuse rend impossible un bivouac ici. J’ai les jambes toute écorchées et en sang, en essayant de rejoindre l’emplacement.

La descente se poursuit, il faut que je trouve un coin avant d‘atteindre les villages dans la vallée. Je cherche un bon moment, puis je finis par m’installer non loin d’une maison inhabitée. Je suis sur le bord d’un plateau, avec une belle vue plongeante sur la vallée de Figueiral, sur les lignes de crêtes découpées des sommets et sur un bout de l’océan.

A la nuit tombée, il y a un son étrange qui se répète constamment. Je n’arrive pas à l’identifier, est-ce un insecte, une grenouille, un mammifère ? Il chante, crie, toute la soirée, je finis par m’endormir, mais je l’entends toujours, il s’est introduit dans mes rêves. Je me réveille et essaie d’éteindre mon réveil… ah non, je bivouaque c’est vrai, c’est un bruit d’animal.


Jour 4 : Figuerial de Cima – Cruzinha de Garça
5h00 | 19,10km | +710/-1 065m

J’arrive à Figuerial de Cima, puis Coculi en une heure. Je viens de terminer la première partie de ma randonnée, à travers les belles et spectaculaires vallées verdoyantes de l’Est de l’île de Santo Antão.

Il existait, et existe sur la carte, un sentier qui me permettrait de rejoindre directement le village de Fontainhas. Mais celui-ci n’est plus emprunté et à l’abandon, la végétation, certainement épineuse, a repris ses droits. Les sentiers sont ici trop escarpés et abruptes pour tenter de partir sur un passage qui n’est plus fréquenté. Je prends un mini-bus pour la ville de Ponta da Sol.

Ponta da Sol est une petite ville située sur la pointe Nord-Est de l’île. Elle est le départ d’une randonnée côtière de 4 heures, qui longe d’impressionnantes falaises. Elle rejoint en premier le village de Fontainhas, considéré comme l’un des plus beaux, ou du moins, le plus photographié de Santo Antão. Construit à flanc de montagne et sur un éperon rocheux, ses maisons colorées et peintes de fresques le mettent en beauté. Cela étant, il reste un village plutôt touristique avec ses cafés.

Les dénivelés sont toujours autant présents

Chemin côtier ne veut pas dire marcher au niveau de la mer. Il monte et descend constamment. Je fais moins de dénivelé, mais ça grimpe toujours, sur un beau chemin pavé dans un environnement toujours spectaculaire. A ma droite, s’étend l’océan Atlantique à l’infini, et à ma gauche s’élèvent de hautes falaises abruptes. La végétation à disparu pour laisser place des roches volcaniques.

A mi-parcours se trouve les ruines d’un ancien hameau. J’avais aussi repéré ce lieu pour un bivouac, c’est vrai que le coin est superbe et s’y prête bien. Si en journée, il y a du passage, la nuit, ça doit être tranquille. Mais il est 13 heures et malheureusement la source qui était censée être abondante est à sec.

Je poursuis la marche, avec un petit vent venant de la mer qui apporte un peu de fraicheur, et le brouhaha des vagues qui se fracassent sur la côte. Au bout, l’environnement change complètement de celui que j’ai découvert ces derniers jours. Il est sec, aride, poussiéreux, jusqu’à atteindre le village de pêcheurs de Cruzinha de Garça.

Je m’installe dans une pension familiale et profite du reste de l’après-midi pour me reposer de ces premiers jours bien chargés. Le village étant orienté vers l’Ouest, le coucher de soleil sur l’océan est resplendissant. Au souper, la personne me sert un cachupa, le plat traditionnel du Cap-Vert. Un ragoût composé de maïs et d’haricots, qui est servie avec des légumes, du riz et du poulet (ou du poisson).

Coucher de soleil à Cruzinha de Garça

La devise du Cap-Vert pourrait être « Cabo Verde, No stress », ce slogan est affiché partout et les Cap-verdiens se saluent ou se répondent souvent avec le signe du pouce levé. Il est vrai que le rythme de vie est plutôt tranquille et qu’ils n’ont pas le stress des occidentaux. Mais à la nuit tombée, lorsque la chaleur, parfois accablante, laisse place à la fraicheur, le côté cool disparait chez certains. Il y a une grosse agitation dans la rue, sous ma fenêtre, ça crie, ça hurle et par moment ça montre les muscles. Heureusement, il y a du monde qui sépare régulièrement les deux, trois personnes agitées, alcoolisées. Je dois attendre que la foule se disperse pour trouver le sommeil.


Jour 5 : Cruzinha de Garça – Ribeira dos Paus
6h50 | 26,70km | +1 450/-1 340m

La rue a retrouvé son calme. A la sortie du village, le sentier se poursuit sur le littoral, mais cette fois au pied des falaises. Je marche sur les galets, pierres, rochers où l’océan vient se jeter. Par moment, l’espace est étroit. A ma droite, l’Atlantique est à peine à un mètre, il ne faut pas que la mer soit déchainée. A ma gauche une paroi rocheuse de plus de 100 mètres de haut où le risque de chutes de pierres est présent. Heureusement, le passage est court et je ne traîne pas, la plage de galets s’élargit, puis le sentier pénètre dans un canyon.

Au fond, je retrouve un beau chemin pavé et bordé de son petit muret de pierres, dans un panorama toujours aussi spectaculaire. Je reprends de la hauteur, la vue sur l’océan se fera maintenant d’en haut. L’environnement a changé, il est devenu aride, avec une végétation sèche. Je ne remonte plus de grandes riberia comme au début, je les traverse perpendiculairement. Il y a toujours autant de dénivelé à la fin de l’étape, mais plus d’immenses montées ou descentes, je fais le yo-yo durant toute la journée.

Cet itinéraire est désert, je ne croise aucun randonneur. Dans le fond des vallées, je passe des hameaux, de vraies petites oasis comme Ribeira Alta, Meio de Espanha et Figeiras de Cima. Ce dernier est à l’écart de mon parcours, je fais un petit aller-retour pour le découvrir. Je ne regrette pas, ce village est certainement le plus beaux de ma traversée. Isolé au milieu de ses plantations de cannes à sucre et de bananiers, merveilleusement bien situé dans une magnifique vallée, sans route d’accès (comme les deux précédents), il n’a rien à voir avec celui de Fontainhas. Figeiras de Cima est bien plus authentique.

Traversée d’une vallée et de son oasis

De retour à Meio de Espanha, je cherche une épicerie pour faire le plein d’eau. On me répond qu’il n’y en a pas. Mince, j’aurai dû toquer à la porte de celle de Figeiras de Cima… J’ai l’intention de bivouaquer ce soir, je ne peux pas repartir sans eau, je suis presqu’à sec. Je me pose au carrefour des deux chemins pavés, qui fait office de petite place, à l’ombre d’un grand figuier et où se trouve un petit oratoire. Dans un petit village, ça ne peut être qu’un lieu de passage et de rencontre où les personnes viennent se poser pour discuter. Il ne me faut pas longtemps avant qu’un vieux monsieur vienne s’assoir sur le muret face à moi. Après quelques échanges, il me conduit à la maison d’une vielle dame. Je ne parle pas Portugais et eux parlent un Portugais bien créole, mais nous arrivons à nous comprendre. Elle me demande si c’est de l’eau pour boire et prend ma bouteille. Je la suis et rentre dans sa maison. Elle prend l’eau à l’aide d’une tasse, dans une ancienne jarre en terre cuite et remplit mes deux bouteilles. Sa maison, ou plutôt la pièce, est simple mais bien aménagée, le moment est magique. Je ne prends pas de photo, nous échangeons simplement des regards. Je lui demande si je lui dois quelque chose, elle me fait comprendre que non.

Cette rencontre m’a replongé dans notre traversée des Andes à pied avec Célia. Alors que nous marchions dans le cœur isolé du Pérou, une mamie nous arrêta dans notre marche et nous fit assoir devant sa maison. Quelques instants plus tard, elle nous apporta à manger dans une assiette. Nous avions échangé que des regards et des sourires, elle parlait Quechua, nous pas.

A la sortie du village, je passe devant des canaux d’irrigation pour les plantations. J’en profite pour me rafraichir et je prends un litre supplémentaire pour ma toilette ce soir et en secours. En secours seulement, car même si je peux la purifier, l’eau provient d’une réserve plus en amont, une grande piscine où des enfants se baignaient.

Je poursuis sur le chemin et croise des caravanes de mules transportant les récoltes de cannes à sucre. Il faut plusieurs heures de marche pour rejoindre une route et pouvoir exporter les récoltes. Le chemin pavé qui domine l’océan est splendide. Au large, en pleine mer, j’aperçois un navire. Bateau de pêche, porte- conteneur, pétrolier… Je n’arrive pas à l’identifier, mais cela contraste fortement avec l’endroit où je me trouve.

Chemin en balcon face à l’Atlantique

En fin de journée, je traverse une toute petite vallée, elle doit mesurer 20 mètres de large dans le fond. Nommée Ribeira dos Paus sur ma carte, c’est la dernière avant la route et la grande vallée d’Alto Mira. Je cherche un coin de bivouac, mais entre le manque de zone plate, la végétation sèche voire épineuse (dangereux pour mon matelas gonflable), les pierres au sol, le risque de chutes de pierre si je suis trop près des parois, ce n’est pas évident. Puis derrière un muret, j’aperçois un bout de plat dépourvu de pierre. Je me rends compte que je suis rentré dans un enclos. Il s’agit de la zone de roulade des mules lorsqu’ils se grattent le dos. Il n’y a pas le moindre gravier, le sol est très confortable, je suis abrité du vent derrière le muret, invisible depuis le chemin et j’ai une petite vue sur l’Atlantique. L’endroit est parfait, à condition que personnes n’amène de mules dans l’enclos d’ici la nuit.


Jour 6 : Ribeira dos Paus – Miradouro Salto Preto
7h35 | 23,20km | +2 145/-825m

Il a fait chaud cette nuit dans le canyon, 20°C au petit matin. Quand je reprends la marche, je vois une caravane de mules, elle doit se diriger vers la route. J’ai également entendu des personnes passer cette nuit, vers 5 heures.

La Riberia Alto Mira est immense, le sentier la remonte doucement en balcon à mi-hauteur. La vallée est très large, alors que dans son fond, elle forme un canyon étroit et impressionnant. Elle me fait rentrer un peu plus dans les terres de l’île. En dehors des cultures en terrasses, l’environnement est toujours sec et aride. Je passe le village d’Alto Mira I, puis arrive à celui d’Alto Mira II.

Le cirque de Riberia Alto Mira

J’avais estimé ma traversée réalisable en 10 jours et j’avais prévu un jour supplémentaire en secours (si je mets plus de temps, me blesse, me pause dans un lieu…). J’avais également prévu une petite et une grande variante envisageable au départ d’Alto Mira II. Comme j’ai de l’avance sur ma traversée, j’ai maintenant 2 jours de rab. Je décide donc d’effectuer l’ascension du Gudo de Cavaleiro. Il est midi, je fais le plein d’eau, 1 200 mètres de dénivelé au soleil m’attendent !

L’itinéraire commence par emprunter la côte Salto Preto, un autre beau sentier raide, impressionnant et réputé qui conduit au cœur de l’île. Le passage est à-pic et en moins bon état que les précédents, disons plus rustique. Une fois en haut, ça grimpe encore, je passe le mirador qui domine la vallée d’Alto Mira et je commence à apercevoir au loin l’extrémité volcanique de Santo Antão. S’en suit un long plateau montant et le sommet se présente devant moi. Une dernière montée dans un environnement volcanique me conduit à ses 1 810 mètres d’altitude. Il est le point culminant du centre de l’île et permet d’avoir une vue sur l’Atlantique à 360 degrés. A l’Est le panorama s’étend jusqu’à Pico da Cruz, à l’Ouest jusqu’au Topo de Coroa, le point culminant de Santo Antão, au Sud, c’est le littoral désertique et la ville de Porto Novo qui se dévoilent. Ce sommet complètement isolé sur le haut plateau central, offre une vue sur presque toute l’île.

Bivouac au mirador de Salto Preto

Je pourrais bivouaquer ici, le spot est idéal, mais je crains d’être exposé au vent cette nuit. Je ne dispose que d’un petit abri léger. J’ai encore le temps de redescendre jusqu’au mirador, Miradouro Salto Preto, passé il y a une heure. J’avais repéré un coin pour ma tente. L’emplacement m’offre mon plus beau bivouac jusqu’à présent. Les couleurs des parois rocheuses au coucher du soleil sont resplendissantes. En bas dans la vallée, se trouve le village d’Alto Mira III. Derrière moi, j’ai une vue sur l’océan recouvert d’une mer de nuages.


Jour 7 : Miradouro Salto Preto – Chã de Morte
4h45 | 14,40km | +750/-1 510m

Le réveil est tout aussi beau que le coucher d’hier soir, j’en profite avant d’entamer la journée. Je remprunte la côte Salto Preto, cette fois dans le sens de la descente, pour revenir à Alto Mira II. Si jusqu’à présent je n’ai croisé que des petits groupes de 2 à 5 personnes, autonomes ou avec un guide, sur le sentier de Salto Preto, je croise un groupe de près de 20 français et leur guide. Je n’ai pas vu autant de monde depuis un bon moment.

Retour à Alto Mira II

A Alto Mira II, j’emprunte la route pavée pour atteindre Alto Mira III. Un peu plus loin l’itinéraire quitte la route pour s’engager dans une petite vallée aux roches très découpées, des plaques verticales qui pointent vers le haut. C’est une nouvelle fois splendide et le chemin pavé conduit à la brèche étroite de Forquinha. A ce col de 3 mètres de large, je croise un autre groupe de français, ils ne sont également pas loin d’une vingtaine… L’espace manque.

Sur l’autre versant le col domine la Ribeira das Patas, l’une des plus grandes vallées de Santo Antão. J’ai l’impression d’avoir un paysage de Western qui s’étend devant moi. En plus, le village que je rejoins se nomme Chã de Morte, qui peut se traduire par la vallée ou la plaine de la mort. Le climat est toujours aride, la végétation sèche et le soleil cogne. Ma crème solaire en forme de stick a cassé il y a quelques jours et il ne m’en reste plus beaucoup. Je rationne son application.

La descente vers la vallée de Ribeira das Patas

J’arrive au village en début d’après-midi. Tout en longueur, il s’étend le long de la route, je m’arrête au bout, au dernier établissement, à la Casa Suzete & Nelson. Je profite du reste de la journée pour me poser à la terrasse et à préparer la suite de l’itinéraire. C’est le village le plus important depuis Cruzinha de Garça. J’avais prévu d’effectuer mon ravitaillement, j’avais repéré que les épiceries étaient bien achalandées. Mais finalement je n’ai pas besoin de grand-chose, juste d’un petit complément.

Au souper est servi évidement le plat traditionnel, le cachupa. Heureusement, j’aime bien et c’est copieux à chaque fois.


Jour 8 : Chã de Morte – Topo de Coroa
5h55 | 19,00km | +1 720/-440m

Au petit-déjeuner, Suzete m’amène un gros plat de pâtes et une pomme pour mon pique-nique. Le couple également présent lui a commandé un pique-nique et je crois qu’avec le trop plein, elle m’en a fait un aussi. C’est très gentil, mais le problème, c’est qu’en dehors du fait que j’ai déjà suffisamment de nourriture, le plat est copieux (ça me fait au moins 2 repas) et lourd. J’ouvre la boite et je sens une odeur de poisson… Je déteste, et avec la chaleur, j’ai le sentiment que je vais être malade. Ça me gêne, mais je la remercie et lui dit que je ne mange pas de poisson.

Je fixe un mouchoir à l’arrière de mon chapeau, pour lui donner un look de casquette saharienne. Mon cou a commencé à brûler hier et ça tape dur ce matin. La nouvelle côte Bordeira de Norte est comme toujours spectaculaire et avec un panorama hors norme. Je ne sais pas à combien de photos j’en suis depuis le début du voyage, mais je sais que le tri au retour va être long.

Panorama sur le Sud de l’île

En haut au mirador, il y a 2 petites tables avec des parasols en paille de cannes à sucre. Il faut savoir profiter de l’ombre, je m’y pose un moment pour contempler le paysage. Avant de poursuivre l’itinéraire, je rejoins un petit cratère que j’ai repéré sur la carte, le Covão de Bordeira. J’atteins le bord de la caldeira et une petite maison s’y trouve. La personne semble vivre là, isolée avec ses chèvres, ses mules et son chien. Il n’y a rien, c’est désertique, pas d’eau…

J’effectue le tour du cratère par sa crète et là, waouh, waouh et waouh ! Je découvre un grand plateau volcanique dominé par le volcan Topo de Coroa, les couleurs sont sublimes et contrastent avec le bleu de l’océan et le blanc de la mer de nuages.

Le haut plateau volcanique

De retour aux parasols, je m’y arrête pour manger. Il faut profiter de l’ombre ! Le soleil ayant tourné, le spectacle a évolué depuis tout à l’heure. Je reprends la marche quand je vois un grand groupe arriver. C’est celui d’hier après-midi, ils ont fait une boucle.

Après un beau petit passage dans un environnement désertique et coloré, avec des fermes dispersées, j’arrive au village de la désolation, Chã de Feijoal. En dehors de ne pas ressembler à grand-chose, il n’y a rien ici, même pas d’eau. Une grande citerne se trouve dans le centre du village, elle est ravitaillée par camion. Les personnes du village et des fermes des alentours viennent y remplir leurs bidons.

Je fais le plein d’eau à l’épicerie et entame l’ascension du volcan. Avec ses 1 979 mètres d’altitude, il est le point culminant de l’île Santo Antão et second de l’archipel du Cap-Vert, derrière le volcan Pico do Fogo et ses 2 829 mètres, situé sur l’île Fogo. Il n’y a plus de chemin pavé, la progression se fait sur du sable volcanique ou des petits graviers creux et légers, qui roulent sous le pied. La progression est plus lente. Après les vallées verdoyantes, le littoral, les terres arides, me voilà dans un nouvel environnement rocailleux et volcanique. Le dépaysement est total. Tout au long de l’ascension, le panorama est exceptionnel, coloré d’ocre, de noir, de rouille, ponctué de touches vertes avec les arbustes, qui contraste avec le bleu de l’océan et du ciel.

Au sommet du Topo de Coroa à 1979 m

Le sommet offre une vue à 360 degrés sur un désert volcanique, encerclé par l’Atlantique. J’installe ma tente sur la crête du cratère, non pas au sommet côté océan, mais côté terre. Je trouve le panorama plus beau de ce côté, j’ai une vue sur le grand plateau volcanique coloré. Si le vent souffle cette nuit, je serai un peu plus abrité que face à l’océan. En cas de besoin, je pourrai toujours me réfugier dans le fond du cratère.

Il s’agit de mon plus beau spot de la traversée. A la lumière du soir, les couleurs resplendissent et pour le coucher du soleil, je retourne au sommet. La vue est exceptionnelle. Des mers de nuages, j’ai eu l’occasion d’en admirer, mais là, c’est autre chose, une autre dimension. C’est un océan de nuages qui s’étend à l’infini face à moi. La prochaine terre, dans les Caraïbes, est à presque 4 000 kilomètres. J’ai l’impression de regarde par le hublot d’un avion, mais dans un calme absolu et libre de bouger. Etant tout à l’Ouest de l’île et en altitude, je suis ce soir, le dernier de Santo Antão à voir le soleil, avant qu’il ne disparaisse derrière l’horizon.

Bivouac au Topo de Coroa

Jour 9 : Topo de Coroa – Monte Trigo
6h30 | 24,30km | +405/-2 365m

Je me réveille en admirant le lever du soleil depuis ma tente, je suis illuminé d’un rouge éclatant. Avant d’entamer la marche, je retourne au sommet pour un dernier coup d’œil. Il a fait 13°C cette nuit, la température la plus basse que j’aurais rencontrée.

Je me trouve au point le plus haut de l’île à presque 2 000 mètres et je vais rejoindre aujourd’hui le point le plus bas, le niveau de la mer. Pour la descente, j’opte pour une variante afin de pouvoir effectuer une boucle et ne pas reprendre le même sentier que pour la montée. Ce passage est un peu moins dans une ambiance volcanique sur une partie, mais il est encore plus sauvage. Il faut un peu chercher son chemin.

De retour à Chã de Feijoal, je refais le plein d’eau et reprends le sentier de la traversée de l’île. En réalité, je ne prends pas le chemin balisé qui passe par Morrinho d’Égua et Pascoal Alves, mais par un sentier un peu plus en altitude, plus proche du volcan et qui est direct pour rejoindre Mont Trigo. Ce chemin en balcon, bordé régulièrement par un muret de pierres, domine l’Atlantique et passe par de petites fermes isolées d’élevage de chèvres. Parfois, j’aperçois plus bas le chemin pavé que j’ai ignoré.

Traversée de désert

 

Il n’y a pas d’ombre, pas d’eau, c’est le pays de la soif. Faute de crème solaire, pour me protéger le cou et les bras, qui ont déjà reçu trop d’UV, j’ai mis ma veste coupe-vent ce matin. Une veste très fine et aérée, qui ne protège pas de la pluie, seulement du vent et du soleil. Je suis parti pour ce voyage sans équipement de pluie. Elle ne me tient pas chaud et avec la petite brise venant de l’océan, je suis bien et ma peau est protégée. A midi, je me pose devant une maison en ruine, à l’intérieur, s’y trouvent encore deux jarres en terre cuite et un mortier en bois. Le soleil étant au zénith, je me colle au mur de la maison pour avoir un peu d’ombre.

J’arrive à Monte Trigo vers 15 heures. Il reste 3 heures de marche pour rejoindre Tarrafal de Monte Trigo, je pourrais y arriver avant la nuit qui tombe à 19h. Mais j’avoue en avoir plein les jambes, je sens les 2 365 mètres de dénivelé négatif. Quand je rentre dans Monte Trigo, je passe devant une guest house invitant au repos. Je me balade dans le village, observe les oiseaux marins, profite du transat de mon hébergement et admire en soirée le coucher de soleil sur le port. Je suis le seul touriste dans le village ce soir, le gérant de l’établissement m’indique que c’est la fin de la saison touristique avant la « saison des pluies » (la pluie reste très modeste même à cette période). La haute saison est plutôt en novembre, quand il fait moins chaud.

Coucher de soleil sur le port

Jour 10 : Monte Trigo – Tarrafal de Monte Trigo
3h05 | 11,40km | +470/-470m

Mon corps a du mal à se lever, il se relâche, il sent que c’est fini, mais il reste quelques kilomètres et dénivelés. La marche sera un peu plus lente aujourd’hui.

L’itinéraire coupe de belles coulées volcaniques aux formes et couleurs variées. Le chemin pavé suit la côte et reste en balcon face à l’océan. En mer, j’aperçois des embarcations parties de Tarrafal de Monte Trigo pour rejoindre Monte Trigo. Des petits bateaux de pécheur, mais aussi des bateaux qui conduisent des touristes. La balade plébiscitée est de se faire déposer et d’effectuer le retour à pied. Ou inversement, je recroise ce matin quelques randonneurs.

Derniers kilomètres, le long de la côte

L’arrivée sur Tarrafal de Monte Trigo ne se fait pas par le plus beau côté du village. Ma descente d’hier à Monte Trigo était plus sympa et ce petit village de pécheurs était une belle fin de traversée. Tarrafal de Monte Trigo est étendu, je m’attendais à un village moindre. Au bout, vers la sortie, c’est un peu plus sympa mais plus touristique aussi, il y a quelques grands hébergements, dont certains cossus. Je me pose à côté du port, sur la plage de gros galets, marquant la fin de cette exceptionnelle traversée de Santo Antão.

Je n’ai pas trop envie de rester, j’ai bien profité hier de Monte Trigo. Mon dilemme est que les transports en commun qui partent d’ici sont à 6 heures du matin. Il y a bien des mini-bus privatisables, mais ça me couterait 7 000 Escudos (environ 70 €), soit 7 fois plus cher que le collectif. Je fais le tour des chauffeurs dans le village qui patientent à l’ombre des quelques arbres, pour me manifester. Le problème, c’est qu’en cette fin de matinée, il n’y a personne d’autre que moi avec qui partager un transport privé. Peut-être en fin d’après-midi, lorsque du monde sera revenu de la balade côtière.

Arrivé au bout de ma traversée

Je patiente à l’ombre d’un arbre, près d’un chauffeur. Quand une femme au volant d’un mini-bus s’arrête et discute avec lui. C’est la seule que je ne suis pas allé voir. Non pas parce qu’il s’agit d’une femme au volant, mais parce que sur son mini-bus il est écrit : Transferts et Excursions. Je me suis dit qu’elle attendait le retour de son groupe. Erreur, elle en avait déposé un au matin et s’apprêtait à rentrer à la capitale de l’île, à Porto Novo. Son trajet étant déjà payé, elle me prend pour 1 000 Escudos, bingo ! Très sympa et parlant français comme de nombreux Cap-verdiens, nous discutons sur le trajet. A la sortie du village, la route monte jusqu’à un col qui débouche sur le grand plateau volcanique, j’ai le droit à un dernier panorama hors norme pour conclure ce voyage.


Jour 11 – bonus : Pico da Cruz – Vila das Pombas
5h30 | 19,90km | +705/-1 850m

Je disposais de 11 jours et il m’en a fallu 10 pour effectuer ma traversée. Hier, une fois arrivé à Porto Novo, j’ai pris un mini-bus pour Vila das Pombas et retrouver mon hôtel du premier jour. Je compte profiter de cette journée supplémentaire pour retourner dans la fabuleuse vallée de Paúl. En premier, pour retourner à Pico da Cruz et cette fois, aller au sommet du Gudo Banderola que j’avais ignoré au début de ma traversée, puis pour prendre une autre « côte », dans le sens de la descente, pour plonger dans la Riberia de Paúl.

Une nouvelle et dernière descente spectaculaire

Je prends un taxi pour me faire déposer à 1 260 mètres d’altitude, près du bord du cratère Cova de Paúl. La route pour arriver ici et qui passe par le village de Corda, est splendide et impressionnante. Elle serpente par moment sur une petite ligne de crête étroite et vertigineuse. La route est pavée tout du long.

Une fois déposé, je poursuis à pied sur la route, jusqu’au village de Pico da Cruz et je rejoins le Gudo Banderola. Culminant à 1 585 mètres d’altitude, il est le plus haut sommet de l’Est de l’île. Le panorama s’étend sur l’Atlantique, avec au fond, d’autres îles du Cap-Vert, sur la côte Sud désertique et Porto Novo, ainsi qu’au loin, sur le haut plateau volcanique

Je rebrousse chemin et vais chercher un sentier que je n’avais pas encore emprunté. Il s’agit une nouvelle fois d’un sentier spectaculaire et aujourd’hui, contrairement à mon premier jour, le ciel est bleu. La descente vers Chã de Mato s’annonce prometteuse. J’en prends plein les yeux, je ne me lasse pas de ce paysage hors norme. Je retrouve des petits villages verdoyants, des cultures de bananiers, cannes à sucre en terrasses, de l’eau qui coule, l’environnement est radicalement différent de l’Ouest. Plus bas, non loin de Cabeça de Figueiral, je vais me poser à une buvette. Idéalement située sur un petit promontoire, elle jouit d’un panorama à 360 degrés sur le fond du cirque de Paúl. J’y déguste un jus multifruit (fruits de la vallée), à l’ombre d’un grand parasol en paille de cannes à sucre. Ma traversée de Santo Antão prend fin ici. Il ne me reste plus qu’une descente par un sentier déjà emprunté, pour ma ramener à Vila das Pombas.

Cap-Vert – Traversée de l’île de Santo Antão